Rokia Traoré – Communiqué de Presse 07/07/2026

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE : Affaire Rokia Traoré – Jan Goossens

Rokia Traoré, notre cliente, chanteuse, auteure-compositrice internationalement reconnue et respectée, avant tout femme et plus que tout maman, est depuis quelques semaines au centre d’une polémique concernant le maintien de sa programmation à des festivals prévus cet été, en raison d’un jugement rendu récemment par le Tribunal correctionnel de Bruxelles dans la procédure judiciaire concernant, depuis plusieurs années, la garde d’un de ses enfants.

Tout au long de sa vie et de sa carrière, Madame Traore s’est battue pour les valeurs qui lui tiennent à cœur, telles que la liberté des femmes ou les droits des réfugiés, et ce sont avant tous ces messages qu’elle a toujours voulu véhiculer à travers sa musique.

Dans sa vie privée, elle a toujours eu à cœur d’apporter à ses deux enfants tout l’amour, l’affection et le temps nécessaire, malgré sa carrière internationale et les nombreux déplacements allant de pair avec celle-ci.

Lorsqu’elle s’est séparée en 2018 du père de son second enfant, Madame Traore vivait déjà avec cet enfant, âgé alors de 4 ans, au Mali. Avec l’accord du père, elle était en effet retournée y vivre quelques mois après la naissance de l’enfant à Bruxelles. Madame Traore n’a donc jamais « enlevé » cet enfant comme il a parfois été écrit, totalement à tort.

Au début de la séparation, le père a continué à voir son enfant. Aucun accord n’a cependant été trouvé sur la résidence future et la garde de cet enfant. Madame Traore a par ailleurs exprimé des inquiétudes profondes concernant le bien-être de l’enfant, dont elle a voulu discuter avec son ex-compagnon, sans succès.

C’est dans ce contexte que le père a saisi le Tribunal de la famille de Bruxelles, avançant qu’il s’agissait du lieu de résidence habituel de l’enfant, tandis que la même année Madame Traoré a saisi le Tribunal de grande instance de Bamako, juge selon elle compétent territorialement, l’enfant vivant incontestablement au Mali depuis plusieurs années.

S’octroyant une compétence territoriale toujours contestée par Madame Traoré, le Tribunal de la famille de Bruxelles a accordé la garde exclusive de l’enfant au père, imposant donc que l’enfant revienne vivre en Belgique.

Madame Traoré refusant d’arracher son enfant au pays où celui-ci vivait et s’appuyant sur une décision Malienne lui attribuant la garde de l’enfant au Mali, elle s’est vue poursuivie en Belgique pour non-représentation d’enfants, poursuites ayant donné lieu à l’émission de plusieurs mandats d’arrêt européens.

Il est un fait que les autorités de poursuites judiciaires belges n’ont jamais pris en compte l’existence de la décision du Tribunal de grande instance de Bamako accordant la garde à l’enfant à Madame Traoré.

En 2019, le Secrétariat général d’Interpol refusera pourtant de signaler internationalement Madame Traoré pour non-représentation d’enfant, comme le demandait la Belgique, en raison précisément de l’existence de cette décision Malienne.

Il est également un fait que ni dans le cadre de la procédure devant le Tribunal de la famille de Bruxelles, ni dans le cadre de la procédure pénale diligentée par un juge d’instruction bruxellois puis jugée par le Tribunal correctionnel de Bruxelles, personne n’a cherché à entendre l’enfant au centre du litige et à entendre son point de vue sur celui-ci.

Les poursuites pénales Belges ont toujours imposé à Madame Traoré le choix suivant : soit le retour immédiat de l’enfant en Belgique, pays où elle n’avait vécu que quelques mois à sa naissance, soit la prison.

Il est un fait que Madame Traoré a, à plusieurs reprises, choisi la prison – sans pourtant avoir été condamnée de manière définitive – plutôt que d’arracher son enfant au pays où il vivait.

Lorsque cette affaire a finalement été jugée contradictoirement devant le Tribunal correctionnel de Bruxelles en avril de cette année, nous avons à nouveau mis en avant l’existence de la décision du Tribunal de grande instance de Bamako, ayant justifié aux yeux de notre cliente sa décision de rester au Mali avec l’enfant, d’autant plus qu’elle avait perdu toute confiance envers les autorités belges au vu de la manière dont celles-ci avaient traité cette affaire tout le long.

Le Tribunal correctionnel de Bruxelles a, à son tour, mis de côté cette décision Malienne, dans une décision particulièrement lacunaire, ne répondant que très partiellement à nos arguments et condamnant finalement notre cliente à deux années d’emprisonnement avec sursis pour non-représentation d’enfants.

Sans se plaindre de colonialisme à tout va ni vouloir réduire cette affaire à un conflit culturel ou racial, nous nous permettons néanmoins de nous demander si cette décision accordant la garde de l’enfant à Madame Traoré aurait été écartée de manière aussi lapidaire si elle avait été rendue par un tribunal en France ou en Allemagne, par exemple. Nous pensons simplement et sincèrement que cette question mérite d’être posée.

En tout état de cause nous avons formé appel de ce jugement, notamment en raison du peu de réponses apportées factuellement et juridiquement par le tribunal correctionnel de Bruxelles à nos arguments, et la cour d’appel de Bruxelles devra donc réexaminer la question de la culpabilité de notre cliente du chef de non-représentation d’enfants.

En attendant la décision de la Cour d’appel, Madame Traore demeure présumée innocente, conformément aux dispositions de droit national et de droit international applicables, et qui s’imposent à tous.

Nous tenons enfin à souligner qu’en parallèle de la procédure devant le Tribunal correctionnel, Madame Traore a proposé au père de l’enfant d’entamer un processus de médiation afin de tenter de restaurer des contacts entre le père et son enfant, dans des conditions respectueuses des intérêts de celui-ci. Ce processus s’est poursuivi pendant plusieurs mois. C’est dans ce cadre que le père a revu son enfant, à plusieurs reprises, en 2025. Malheureusement ce processus de médiation ne s’est, ensuite, pas poursuivi. Sans dévoiler les détails du déroulement de cette médiation dont notre cliente a toujours voulu qu’elle demeure confidentielle, dans l’intérêt de chacun et en particulier de son enfant, nous tenons à affirmer qu’attribuer l’échec de ce processus à un blocage de la part de notre cliente serait tout à fait contraire aux faits. Madame TRAORE veut d’ailleurs encore y croire.

En conclusion et en attendant que la Cour d’appel de Bruxelles statue sur la culpabilité ou l’innocence de notre cliente, nous demandons à chacun de respecter la présomption d’innocence dont elle doit bénéficier et de ne pas sanctionner socialement une femme, mère, autrice-compositrice et chanteuse, en raison d’une affaire relevant de sa vie privée et sur laquelle il serait trop facile de poser un jugement sans connaître véritablement les faits et avant même que la justice ne se prononce définitivement.

Bruxelles, le 7 juillet 2026

Thierry MOREAU
Avocat au barreau de Brabant Wallon.

Dimitri DE BECO
Avocat au barreau de Bruxelles.

Laurence HAYAUX
Avocate au barreau de Bruxelles.

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