COMMUNIQUÉ DE PRESSE- Affaire Rokia Traoré 07.05.2026

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Rokia Traoré est la marraine de notre association. À ce titre, et en cohérence avec les valeurs que nous défendons – la protection des enfants, le respect des droits humains et le droit à une information équilibrée – nous souhaitons nous exprimer à la suite des nombreuses publications parues récemment dans plusieurs médias belges et européens concernant la procédure judiciaire en cours la concernant.

Nous rappelons que cette affaire est complexe et qu’elle demeure en cours. Elle s’inscrit dans un contexte transnational impliquant plusieurs cadres juridiques distincts et soulève des questions sensibles de droit international de la famille. Elle concerne avant tout des enfants, dont la vie privée, la sécurité et l’équilibre doivent impérativement rester au centre de toute considération.

Nous constatons avec une vive préoccupation le caractère largement univoque du traitement médiatique réservé à cette affaire. De nombreux articles relaient quasi exclusivement le point de vue de la partie demanderesse, sans que la partie défenderesse ne semble avoir été contactée ni entendue. Cette absence de contradictoire interroge au regard des principes fondamentaux de la déontologie journalistique, qui supposent un effort d’équilibre, de contextualisation et de pluralité des sources, en particulier dans un dossier aussi sensible.

Cette approche contribue à imposer dans l’espace public une lecture simplifiée, parfois inexacte, d’une situation pourtant marquée par l’existence de décisions judiciaires rendues par deux États distincts et par des divergences d’analyse quant à la résidence habituelle de l’enfant. La condamnation évoquée repose sur une non‑exécution d’une décision de justice belge fondée sur une appréciation contestée de la situation de l’enfant, notamment le refus de reconnaître que celle‑ci réside au Mali depuis sa naissance, y a toujours vécu et y est scolarisée. Dans ce contexte, qualifier les faits d’enlèvement ne correspond pas à la réalité vécue par l’enfant et entretient une confusion lourde de conséquences humaines et symboliques.

Nous constatons également que des éléments relevant d’un accord expressément confidentiel ont été évoqués publiquement, alors que cet accord touche directement à la vie privée des enfants concernés. Madame Rokia Traoré a fait le choix de ne pas s’exprimer sur ces aspects, par responsabilité parentale et par souci de protection de ses enfants. Notre association soutient pleinement cette position et rappelle que la confidentialité de tels accords existe précisément pour préserver les enfants de toute exposition médiatique inutile ou préjudiciable.

Sans nous substituer à la justice, nous nous permettons de souligner les interrogations que suscite une condamnation à deux ans de prison avec sursis à l’encontre d’une mère ayant déjà subi huit mois et treize jours de détention préventive pour ne pas avoir exécuté une décision de justice contestée dans son fondement factuel. Une telle décision conduit, dans les faits, à une exposition pénale proche de trois années. En tant qu’acteurs de la société civile engagés pour les droits de l’enfant, nous posons la question suivante : quel intérêt supérieur de l’enfant est véritablement servi par l’accumulation de sanctions pénales visant sa mère, dans un contexte où la conflictualité judiciaire semble parfois prendre le pas sur la considération première que devrait constituer le bien‑être de l’enfant, d’autant plus lorsque certaines prises de position publiques paraissent se réjouir de telles condamnations ?

Soucieuse de permettre au public de se forger une opinion éclairée, nuancée et informée, notre association invite les personnes intéressées à visionner la vidéo récente de prise de parole de Rokia Traoré, que nous partagerons, ainsi qu’à lire son livre intitulé Je suis née libre. Dans cet ouvrage, elle revient de manière approfondie sur son parcours judiciaire, sur les mécanismes du droit international, sur le mandat d’arrêt européen et sur les réalités humaines souvent absentes du traitement médiatique de ce type d’affaires.

Notre association appelle à une plus grande responsabilité médiatique, au respect strict de la vie privée et de l’intérêt supérieur des enfants, à une information équilibrée et contradictoire, ainsi qu’à une réflexion collective sur la manière dont les conflits familiaux transnationaux sont présentés au public, en particulier lorsqu’ils concernent des mères et des enfants. Nous continuerons à nous exprimer avec vigilance fidèles aux valeurs qui fondent notre engagement.

Prise de parole de Rokia Traoré sur les réseaux sociaux

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